AU DEPARTEMENT SPECIAL POUR LE CRIME ORGANISE
PROCUREUR POUR LE CRIME ORGANISE
BELGRADE
USTANICKA 15
DECLARATION SUR LES FAITS CONNUS SUR LE CRIME ORGANISE
DECLARANT : STANKO SUBOTIC
INFRACTIONS :
ABUS DE FONCTION, EXTORSION, CHANTAGE, RACKET DE LA PART DU MINISTRE DE LA POLICE DU GOUVERNEMENT SERBE DUSAN MIHAJLOVIC
Le 25 mai de cette année, mes avocats vous ont remis ma déclaration dans laquelle j'ai révélé ce que je savais à propos des agissements du groupe criminels organisé mené par Milan Beko et Miroslav Miskovic. Dans cette déclaration, j'ai apporté plus de lumière et étayé avec des preuves les mécanismes que ce tandem a utilisés, avec l'aide des politiciens au pouvoir en Serbie, pendant la période allant de 2004 à 2008, dans presque toutes les privatisations en Serbie. Je vous ai remis les preuves sur le truquage des procédures des offres publiques, versement de pots-de-vin aux ministres et fonctionnaires du gouvernement, en particulier aux membres du cabinet et du gouvernement de Vojislav Kostunica.
En plus des mécanismes généraux que je vous ai présentés, je vous ai également remis des preuves concrètes sur la commission de diverses infractions pénales relatives à la privatisation du quotidien « Vecernje Novosti ». Je vous ai enfin remis, en tant qu'annexe spéciale, les informations et preuves à propos des infractions pénales commises par Manojlo Vukotic. A la fin de ce document, j'ai annoncé que j'allais vous envoyer les informations sur les autres privatisations délictueuses que ce groupe entreprenait depuis des années, avant tout à propos des privatisations « Port de Belgrade » et « Industrie du matériel de construction Trudbenik » qui sont mutuellement liées.
Compte tenu de ce que, immédiatement après ma correspondance, début juin, la présidente du Conseil pour la lutte contre la corruption Verica Barac vous a remis la plainte pénale contre 17 personnes pour la privatisation illégale du « Port de Belgrade », j'ai considéré que la remise de mes informations et preuves n'avait plus la raison d'être et que cela ne ferait que retarder l'enquête sur la base de cette plainte pénale déposée que, je l'espère, vous diligentez. C'est la raison pour laquelle je me suis adressé au Conseil afin de divulguer les informations et preuves que j'avais l'intention de vous remettre initialement.
Ceci étant dit, si, durant l'enquête, vous ou vos collaborateurs souhaitez recevoir les informations et preuves en ma possession à propos de ladite, mentionnées dans ma dernière correspondance, je suis prêt à vous les remettre personnellement lors d'une discussion directe avec vos collaborateurs ou vous-même.
La communication que je vous remets par la présente se rapporte à des informations qui me sont connues à propos des infractions pénales commises par un des membres de ce groupe criminel organisé, Dusan Mihajlovic, l'ancien Ministre de la police du gouvernement serbe.
Le 19 mars de cette année, j'ai déposé une plainte pénale à l'encontre de Mihajlovic ainsi qu'à l'encontre de 22 autres personnes pour perpétration de plusieurs infractions, y compris pour de l'extorsion, chantage et racket auxquels Dusan Mihajlovic s'est adonné en abusant de sa position de ministre de la police du gouvernement serbe.
Le procureur a accepté la plainte pénale qui est entrée en force et le parquet travaille déjà sur la base de cette plainte pénale. Toutefois, j'ai considéré qu'il était également nécessaire de vous communiquer ce que je savais sous la forme d'une déclaration, non seulement parce que les infractions commises sont poursuivies d'office mais aussi pour vous aider à réaliser le but que vous avez exprimé selon lequel le parquet allait agir d'une manière professionnelle, sans influence politique et qu'il n'y aurait pas d'intouchables, notamment parmi des politiciens.
La raison supplémentaire pour vous communiquer la présente réside dans le fait qu'il s'agit des membres du même groupe criminel organisé qui continuent d'occuper une place prépondérante dans la vie politique serbe dans la lignée des agissement criminels de Dusan Mihajlovic et influencent grandement le travail des institutions judiciaires en particulier celle du Ministère public spécial pour le crime organisé que vous dirigez.
C'est ainsi que la procédure pénale KT.C 11/07 est actuellement diligentée par-devant le Ministère public spécial alors qu'elle est la conséquence de l'action policière surnommée « Le filet » qui a été imaginé et entreprise en toute illégalité et secret par Dusan Mihajlovic dans le dessein de « racketter » et da faire du chantage à l'encontre des gens aisés, dont moi-même.
LA VERITE SUR L'ACTION POLICIERE « LE FILET »
Afin de mieux comprendre le début de l'action « Le filet » ainsi que la motivation des acteurs, il est nécessaire de faire un depuis le milieu des années quatre-vingt-dix jusqu'à la fin du régime dictatorial de Slobaodan Milosevic caractérisé parle règne de la terreur et la main mise totale sur les institutions du pays.
Serbie, Belgrade, Ub, juillet 1997
Après plus de dix ans passés en France, où j'ai vécu et travaillé, je suis retourné en Serbie avec un important capital économisé et ai investi dans la production du textile, ce qui était ma profession. C'était à la fin des années quatre-vingt, début des années quatre-vingt-dix, à l'époque du gouvernement d'Ante Markovic, lorsqu'il apparaissait à tout le monde que la Yougoslavie était promise à un avenir meilleur. Les affaires ont commencé à marcher très bien et j'ai investi tout le profit pour agrandir la production et étendre le réseau de distribution. Toutefois, le succès et l'optimisme ont vite été remplacés par la peur et le manque d'espoir en raison du début du conflit armé dans le pays. Les affaires ont commencé à prendre de nouvelles formes et à obéir aux nouvelles règles, les opérations et paiements bancaires ont été supprimés, le risque dans les affaires a dépassé toutes les normes connues. A cause de l'impossibilité d'encaisser le prix de la marchandise exportée en Macédoine, j'ai accepté une cargaison de cigarettes de « Tutunski kombinat Skopje » au titre de remboursement de la dette. Sans avoir une quelconque expérience dans la vente ou dans le commerce de cigarettes, nous avons mis toutes les cigarettes en vente dans un de nos immeubles ce qui nous a permis de découvrir, par le plus grand hasard, que ce commerce était extrêmement lucratif. Non seulement nous avons vendu toute la cargaison en une matinée mais notre profit a largement dépassé la valeur de la dette. Notre instinct a poussé l'ensemble de la société à chercher encore plus de marchandise et c'est ainsi que j'ai fait mon entrée dans le commerce de cigarettes.
Grâce à mon expérience acquise pendant des années en Europe de l'Ouest et à mes nombreux contacts, j'ai directement pris contact avec les producteurs de cigarettes et j'ai assez vite conclu de premiers contrats de représentation et de distribution pour une grande partie de l'Europe du Sud-est. Jusqu'au milieu des années quatre-vingt-dix, j'ai été un des plus grands représentants et distributeurs parmi tous les producteurs de cigarettes pour la région des Balkans.
Pendant ce temps, la Serbie, ravagée par les guerres et les sanctions économiques, était en proie à la misère. La plupart des gens étaient appauvris Le crime dirigé par les structures de l'Etat avait pris le pouvoir absolu. En faisant mes affaires, j'ai dû, par la force des choses, rencontrer de nombreux gens puissants à l'époque, sans lesquels il était impossible d'obtenir les papiers nécessaires pour faire des affaires légalement. C'est ainsi que j'ai rencontré Jovica Stanisic, chef de la police secrète, Radovan Stojcic, chef de la sécurité publiqueet Milorad Vucelic, chef du groupe de députés du parti politique SPS, alors au pouvoir, ainsi que d'autres gens puissants.
Sur leur demande, j'ai apporté ma contribution financières pour les différentes actions et projets, croyant que j'aidais ainsi mon peuple et mon pays. Je croyais que nous entretenions des relations sincères et amicales.
A cette période, le fils du président serbe, Marko Milosevic, est également entré dans le commerce des avec les cigarettes, ce qui a fait que cette affaire a commencé à prendre une forme différente. Comme le fils du président avait un penchant pour un comportement outrancier et qu'il était entouré de criminels, sous leur influence et avec l'aide de sa mère Mirjana Markovic, qui était à l'époque la personne la plus puissante de l'Etat, Marko est devenu le plus grand distributeur de cigarettes en Serbie et avait également pour ambition d'être le seul.
Les kidnappings, passages à tabac et meurtres sont alors devenus monnaie courante en Serbie. Pour la police, il s'agissait d'affaires non-résolues alors que pour tous les autres il s'agissait des messages clairs de Marko : son clan ainsi que de la police étaient entre les mains des sbires obéissant à ses parents.
Ma société et moi-même n'avions pas de problèmes au début car nous n'étions pas dans la « vente de rue » et ne faisions, dès lors, pas concurrence à l'appétit de Marko. Toutefois, comme Marko a vite trouvé un approvisionnement en cigarettes de contrebande correspondant à des marques dont j'étais le représentant légal, notre présence a commencé à le gêner. Il a d'abord commencé à envoyer des « messages bienveillants » par l'intermédiaire des d'industriels puis du gouvernement nous déconseillant d'entrer en conflit avec Marko et Mira et qu'il valait mieux tout lui laisser, etc.
Après le meurtre de l'associé de Marko qui était son businessman attitré, Vlada Kovacevic Tref, et le meurtre du chef de la police Radovan Stojicic Badza, les menaces et les mises en garde étaient devenues quotidiennes. Aux menaces s'ajoutaient des mises en garde que les maîtres de la Serbie me rapprochaient quant à mes liens proches avec Milo Djukanovic véritable épine dans le pied du couple Milosevic-Markovic.
Comme je n'ai suivi aucun de ces « conseils » la réaction de l'Etat n'a pas tardé. Lors de mes vacances avec ma famille en Grèce en juillet 1997, sous le commandement de Miodrag Vukovic, le bras droit du chef de la police judiciaire d'alors, Dragan Ilic, la police a perquisitionné mes locaux résidentiels et professionnels sans mandat du tribunal ou du parquet.
C'est le même Vukovic qui, en 2003, ayant cette fois-ci revêtu la chemise de démocrate et sous la protection de Dusan Mihajlovic, a entrepris l'action secrète « Le filet », obéissant ainsi aux ordres qu'il avait reçu en 1997 de Mira Markovic.
Lors de la perquisition simultanée de mes locaux, en plus de la prise en photo de tout, y compris des vêtements d'enfants, il a été procédé à la saisie des documents, papiers à en-tête, timbres, livres des sociétés, plusieurs dizaines de milliers de marks allemands et de divers autres objets. Sans décision du tribunal, du parquet voire du juge d'instruction et sans qu'ils soient mis au courant, la garde privée de Mira Markovic, à travers le chef de la police judiciaire Dragan Ilic et son exécutant Miodrag Vukovic, m'a envoyé un message clair.
Je n'ai pas réussi à savoir ni à déterminer, à travers des amis d'alors, la raison pour laquelle la police s'était comportée ainsi ni l'identité du donner d'ordre. On m'a juste indiqué que Mira et Marko étaient derrière tout et qu'il valait mieux que je ne retourne pas au pays.
C'est seulement 6 mois après l'irruption illégale que le Ministère de l'intérieur a déposé 2 plaintes pénales à mon encontre ainsi qu'à l'encontre de ma directrice d'alors, et ce pour violation de la loi sur le commerce en devises étrangères et pour abus d'autorité au sein d'une société privée (!!), soit les infractions que ce même Vukovic allait mettre dans l'acte d'accusation du Ministère public spécial dont vous êtes à la tête.
Quand bien même ces deux plaintes pénales du Ministère de l'intérieur ont été rejetées par la Cour suprême qui m'a acquitté en 1999, le Ministère de l'intérieur ne m'a jamais rendu la documentation saisie ainsi que les timbres de la société « Mia » Ub, de nombreux autres objets et l'argent volé, raison pour laquelle le IV tribunal municipal a même dû ordonner l'exécution forcée.
* ANNEXE A *
Sur ordre de Mira Markovic en personne, sans mandat du tribunal, le Ministère de l'intérieur a délivré un mandat de recherche à mon encontre, en raison du soupçon d'évasion fiscale, où il a été indiqué que j'étais une personne dangereuse, armée et que la police devait prendre les précautions lors de mon arrestation quand bien même je n'ai jamais eu d'arme dans ma vie.
A cette époque, ce genre de désignation était un message clair à la police et aux milieux criminels que la personne désignée devait être liquidée. Je l'ai appris à temps et je ne suis plus retourné au pays, mais suis parti vivre en Suisse, où je vis toujours.
Pendant cette période d'«exil», je recevais les messages m'enjoignant d'arrêter de faire du commerce avec le Monténégro, d'arrêter de vendre des cigarettes à certains acheteurs, que les tueurs à gages de Marko allaient me trouver, etc. Je n'ai jamais cédé aux menaces et au chantage et j'ai continué mes affaires depuis Genève.
J'ai essayé, officiellement et par le biais d'avocat et des tribunaux, de prouver mon innocence, ce que j'ai réussi en obtenant les jugements en 1999 et 2000.
Toutefois, Mirjana Markovic ne l'a jamais accepté et, aidée par les gens travaillant pour elle qu'elle avait entre-temps placé aussi bien dans la police que dans la police secrète, dans les tribunaux et les médias, a commencé à répandre des rumeurs sur mon exil qui était la conséquence de ma prétendue implication dans le meurtre de Radovan Stojicic.
Avant que cette histoire n'apparaisse publiquement, un des mes amis hautement placé dans la hiérarchie du régime d'alors m'a indiqué que le JUL avait lancé cette histoire et qu'elle serait communiqué au public par le président des radicaux Vojislav Seselj, sur ordre du vice-chef du KOS ou du DB lesquels «gardaient» Seselj uniquement pour ce type de tâches. Cela est arrivé rapidement et dès lors ce mensonge inventé par le JUL est utilisé à chaque fois que quelqu'un veut me discréditer dans les médias.
En essayant par tous les moyens de connaître la véritable motivation et les instigateurs de cette chasse à mon encontre, je suis arrivé à la conclusion que, en plus du comportement outrancier de Marko, la raison non moins importante était ma richesse.
En effet, un groupe de gens hautement placés au sein du régime, essayaient de compenser le déficit budgétaire convaincant Slobodan Milosevic et son épouse que certains individus, comme moi, qui s'étaient rendus aisés pendant les années quatre-vingt-dix devraient donner une partie de leur argent à l'Etat. A cela s'ajoutait la revanche personnelle et de la jalousie ainsi que de la démagogie et de l'hypocrisie mais c'était le thème principal de leurs discussions lorsqu'il s'agissait des finances. Un second groupe composé d'officiels de ce régime considérait que cela n'avait pas de sens que cela ne servait qu'à masquer les projets ahurissant du JUL et leur avidité mais qu'il était nécessaire qu'une partie de notre argent revienne à l'«Etat» alors qu'eux-mêmes devait décider ce que c'était que l'Etat.
C'est ainsi que, en plus de Marko et de son appétit, je me suis également retrouvé entre deux groupes «affamés» composés de membres du régime qui étaient sur le départ, dont le seul intérêt était mon argent, qu'ils ont vite fait de considérer comme le leur et sur lequel ils ont grandement compté.
Hélas, malgré le changement du régime, ceci est resté la principale motivation de la campagne menée contre moi et ma famille dans les dix années qui ont suivi.
La Serbie, le 5 octobre 2000
J'ai accueilli la chute du régime avec une joie inégalée, tout en me tenant prêt à aider les représentants du nouveau gouvernement, dont je connaissais certains membres.
Je me suis ainsi rendu à Belgrade en 2001, après plusieurs années d'absence, juste avant la formation du nouveau gouvernement. A cette occasion, j'ai appris que le mandat de d'arrêt initié par les larbins de JUL était toujours en vigueur parce que le douanier m'a laissé entrer dans le pays avec beaucoup de difficulté, et ce malgré la présence des représentants du nouveau gouvernement qui m'attendaient à l'aéroport.
Lors de cette visite, j'ai aussi rencontré Zoran Djindjic qui était devenu premier ministre quelques jours après et je lui ai fait part de mes problèmes avec les représentants de JUL et des radicaux dans la police. Nous avons convenu qu'il allait demander un rapport officiel de la police dès que Dusan Mihajlovic en devenait chef.
C'est précisément en raison de cela que je suis entré en contact direct avec Dusan Mihajlovic. Après l'assassinat de Zoran Djindjic, ces contacts sont devenus personnels pour ensuite déboucher sur une tentative de racket et de chantage dont la conséquence était l'acte d'accusation formé de toutes pièces sur la base duquel j'ai été traduit en justice et qui a été signé par votre prédécesseur à la place du Procureur spécial à la suite des pressions politiques de la part des collaborateurs de Vojislav Kostunica.
Quelques semaines après la formation du nouveau gouvernement, j'ai reçu un message de Zoran Djindjic signifiant qu'il avait tout vérifié avec Dusan Mihajlovic et que ce dernier lui avait indiqué que « tout était en ordre » avec moi, qu'il n'y avait pas d'enquête ou de procédure et que seul avait existé l'enquête de 1997 qui avait été rejetée par les tribunaux en 1998. Djindjic m'a invité à venir et investir en Serbie, ce que j'ai accepté.
Quelques semaines plus tard, je suis venu à Belgrade avec une délégation comptant de nombreux investisseurs étrangers européens pour rencontrer les représentants du gouvernement serbe et on m'a de nouveau réservé le même traitement mais cette fois-ci devant les partenaires d'affaires.
Ce mauvais traitement s'est presque toujours déroulé selon le même scénario : après avoir donné mon passeport à l'officier de police à la frontière, on me mettait toujours de côté avant d'appeler quelqu'un soit par téléphone ou par la radio, pour ensuite attendre la réponse et me questionner à propos d'où j'allais, pourquoi, chez qui, combien de temps, pour ensuite, après 10 à 20 minutes, me laisser entrer dans le pays.
Ce traitement se répétait à chaque fois que j'entrais dans le pays alors que le degré de maltraitance et de comportement chicanier dépendait de l'individu qui travaillait ce jour au guichet. On se comportait envers moi comme envers « une personne suspecte », soit une personne qui est dangereuse et à problème. Certains allaient jusqu'à me menacer et me dire que je n'étais pas un homme libre et que je ne le serais jamais. D'autres faisaient des commentaires à haute voix, en parlant à leur radio et devant les autres passagers, en disant qu'ils avaient en face une personne contre qui il y avait un mandat de d'arrêt, mais ils me laissaient toujours entrer, après m'avoir fait patienter sur le côté, sans m'expliquer la raison pour laquelle ils me retenaient.
Comme cette manière de procéder me mettait dans l'impossibilité de faire des affaires, parce que je devais à chaque fois expliquer à mes partenaires pourquoi on me retenait, j'ai demandé à Zoran Djindjic que la police me convoque et me questionne s'il y avait quelque chose qui les intéressait ou bien de traiter mon dossier s'il y avait quelque chose ou bien encore de me traduire en justice sur la base des faits dont ils disposaient, juste pour que l'on arrête de me poser des problèmes à la frontière ou bien de me dire ce qu'il y avait.
En ma présence, le premier ministre de l'époque a alors appelé Dusan Mihajlovic pour lui transmettre mes propos, allant jusqu'à lui demander de lui transmettre tout ce qu'ils avaient sur moi parce qu'il était intéressé également de savoir s'il y avait des problèmes, étant donné qu'il comptait travailler avec moi sur une base professionnelle et que, pour cette raison, il devait connaître tous les faits pertinents me concernant. Mihajlovic lui a indiqué qu'il allait demander que la police procède à une vérification détaillée de tout mais qu'il savait d'ores et déjà qu'il n'y aurait pas de problèmes et qu'il ne savait pas pourquoi on me retenait à la frontière.
Afin de s'assurer que les choses progressent, le premier ministre Djindjic a alors appelé son collaborateur le plus proche et ami, Vladimir Popovic, et lui a demandé de faire le suivi de cette affaire pour s'assurer de sa conclusion efficace. Le fait que je connaisse Popovic antérieurement 'a fait qu'alléger ma situation actuelle.
Rapidement, Mihajlovic a envoyé sa réponse qui indiquait qu'il n'existait pas une seule raison qui justifierait ma détention à la frontière, qu'il s'agissait de la conséquence de l'ancienne enquête policière, laquelle a toutefois été annulée et retirée et que ce genre de choses arrivait peut-être parce que cela n'était peut-être pas encore enregistré. Mihajlovic affirmait encore qu'il y avait des gens de JUL dans la police et que ces derniers prenaient l'initiative de me tracasser, mais dorénavant j'étais considéré comme un citoyen libre et sans reproche.
A cette époque en Croatie, un groupe de criminels soutenus par des structures de Milosevic installées dans le cabinet du Président de la RFY Vojislav Kostunica a commencé à ourdir un complot visant à faire chuter les gouvernements légalement élus de la Serbie et du Monténégro. L'exécutant de cette action a été choisi en la personne d'Ivo Pukanic, journaliste autoproclamé mais en réalité un racketteur utilisant les médias à cette fin et exécutant les ordres des chefs du milieu de la pègre croate par le biais des journaux dont il était rédacteur en chef.
C'est ainsi qu'à commencé l' « Affaire du tabac » dans le « Nacional » croate, qui a été reprise par leurs collaborateurs en Serbie et au Monténégro, avant tout par les médias et les partis politiques.
Je suis par la suite devenue le symbole de tous les maux du régime de Milosevic et pour toutes les années pendant lesquelles le crime fleurissait. Quand bien même tout l'article du « Nacional » était basé sur des mensonges, falsifications, semi-vérités et insinuations, certains médias et partis politiques l'ont accepté comme s'il s'agissait des « Saintes Ecritures » sans remettre en question son contenu.
La campagne médiatique et la harangue auxquelles j'ai été exposé n'ont fait qu'empirer mon traitement à l'immigration de l'aéroport, raison pour laquelle j'ai renoncé à venir à Belgrade. Utilisant des voies officielles auprès des institutions compétentes, mes avocats ont demandé des réponses à propos de mon statut et de la maltraitance à laquelle j'étais exposé chaque fois que j'entrais dans le pays.
* ANNEXE B *
Nous avons ainsi demandé que je sois entendu ou jugé, qu'ils disent une fois pour toute de quoi il s'agissait, parce que le traitement que l'on me réservait était intenable. Toutes les réponses étaient identiques – il n'y avait aucun problème et ils ignoraient de quoi il s'agissait.
Vladimir Popovic m'a également confirmé cela à plusieurs reprises, affirmant que, sur demande de Zoran Djindjic, il avait procédé à des vérifications tant auprès de MIhajlovic qu'auprès d'autres personnes compétentes au sein de la police et que tout le monde l'assurait que seule existait cette « enquête en veille » datant de 1997, qu'il n'était pas possible de l'effacer mais que la police, sur la base de cette enquête, n'avait pas le droit d'arrêter et de questionner les personnes et qu'il s'agissait probablement des cas isolés. Comme la situation ne changeait pas, j'ai complètement arrêté de me rendre à Belgrade et je tenais des réunions soit au Monténégro soit en Suisse, où je suis domicilié.
Peu après l'assassinat de Zoran Djindjic et la fin de l'action policière « Le sabre », j'ai eu vent des rumeurs que Miodrag Vukovic, l'exécutant de JUL devenu depuis lors une espèce de chef au Ministère de l'intérieur, avait tenu une réunion à Sabac avec les chefs de la police de cette région et qu'il leur avait annoncé l'ouverture d'une enquête sur la contrebande des cigarettes dans les années '90. J'ai appris qu'il leur avait clairement fait comprendre que l'enquête devait indiquer que je (Stanko Subotic) devais être le principal coupable.
Compte tenu de mon expérience précédente avec Vukovic et connaissant le personnage, j'ai rapporté cela à Vladimir Popovic et l'ai prié de vérifier qui menait l'enquête et de faire en sorte que je puisse venir pour déposer et produire toute la documentation relative à ce sujet, parce que je craignais que Vukotic ne continue l'enquête montée de toutes pièces et mensongère que les politiciens pourraient utiliser pour essayer de prouver les mensonges publiés par « Nacional » afin de continuer la campagne contre le nouveau gouvernement, et surtout contre Zoran Djindjic.
En parallèle, mes avocats envoyaient des courriers à la police, au ministre, au vice-ministre, aux chefs compétents, demandant que je sois convoqué en vue d'être interrogé, contrôlé et qu'ils fassent le nécessaire, pourvu que les méthodes employées soient conformes à la loi sans utilisation de la force et sans pressions illégales auxquels Miodrag Vukovic était accoutumé. Soit la police ne nous répondait pas soit nous envoyait des dénégations peu convaincantes alors que Vladimir Popovic m'a informé qu'aucune enquête n'était ouverte, qu'il avait tout vérifié, qu'il n'y avait rien et qu'il s'agissait soit de la paranoïa soit de la tentative faites par certain pour me faire chanter ou m'effrayer !
Je recevais constamment des appels quotidiens de mes connaissances, anciens collaborateurs et amis pour me dire que Miodrag Vukovic les appelait ou leur rendait visite, qu'il faisait pression sur eux, qu'il leur disait que ce serait mieux qu'ils m'accusent même faussement, mais tout cela sur un ton mi-amical mi-professionnel.
Pendant tout ce temps, est apparue une nouvelle, mais en réalité ancienne, campagne contre moi-même, mes amis et collaborateurs. Les avocats et proches des personnes arrêtées pendant l'action policière « Le sabre » et l'assassin du Premier ministre étalaient leur théorie sur l'attentat où ils m'accusaient et où ils mentionnaient la contrebande de cigarette et d'autres allégations ridicules. Tout cela était travaillé par le « Nacional » croate puis retournait en Serbie et au Monténégro, ce qui faisait pression tant sur l'opinion publique que sur les fonctionnaires de police, sur le Ministère publique et sur les tribunaux…C'est alors que les médias à la solde des mafieux ont commencé à publier les informations sur la saisie de mes biens qui ont été « acquis illégalement » même si, à cette époque, la loi autorisant cela n'existait pas et qu'il y avait encore moins de raison pour ce faire. C'est précisément ce groupe de gens qui favorisaient ces écrits dans les journaux qui a effectivement réalisé ces prédictions à travers le Parquet en donnant l'ordre direct à Slobodan Radovanovic d'émettre l'acte d'accusation à mon encontre, sur la base des mensonges et sur l'enquête privée des gens de Milosevic.
Entretemps, j'ai reçu l'information que la Serbie avait envoyé des commissions rogatoires à la Suisse, au Liechtenstein, à France et à Chypre, mentionnant l'enquête portant sur le blanchiment d'argent et l'argent découlant de la contrebande et que mon nom était cité partout ! Ils ont même profité de la coïncidence que mon neveu qui était un des directeurs de ma société, Nikola Milosevic, porte le même nom que Slobodan Milosevic pour faire des allusions que l'argent sur mes comptes appartenait en réalité à la famille Milosevic-Markovic. C'est ce que Mladjan Dinkic a par ailleurs déclaré publiquement en annonçant avoir découvert l'argent du neveu de Slobodan Milosevic. Par l'intermédiaire de mes avocats, je cherchais toujours à être convoqué et offrais ma collaboration sans recevoir de réponse si ce n'est qu'il n'y avait pas d'enquête ! Vladimir Popovic me l'a également confirmé en m'indiquant même en avoir discuté directement avec Dusan Mihajlovic, le ministre, ainsi qu'avec son adjoint Nenad Milic, que les deux lui avaient confirmé l'absence d'enquête et qu'il s'agissait des mensonges. Popovic m'a même indiqué que le ministre Mihajlovic m'avait loué, qu'il m'affublait de superlatifs et qu'il avait exprimé le désir de me rencontrer. La demande du ministre Mihajlovic de me rencontrer m'avait été confirmée par Popovic et par d'autres connaissances à plusieurs reprises au cours de l'été et de l'automne de 2003.
Au même moment, je recevais de nouvelles informations à propos de l'enquête et j'ai reçu les noms de deux inspecteurs qui avaient signé les requêtes envoyées à l'étranger. Il s'agissait de Glusica Branko et de Bogdan Pusic.
J'ai communiqué ces informations à Vladimir Popovic et à mes avocats et, quelques jours après, Popovic m'a appelé pour me dire que j'avais raison, qu'il avait appris l'existence d'une enquête diligentée par ces deux inspecteurs sur ordre de Miodrag Vukovic et qu'il s'agissait d'une enquête secrète ordonnée par Dusan Mihajlovic sans que son adjoint Nenad Milic ou le chef de la sécurité publique le général Sreten Lukic soient au courant et que c'était la raison pour laquelle personne n'était au courant de cette enquête.
A cette occasion, Popovic m'a informé qu'il s'était entretenu avec Mihajlovic, que ce dernier avait tenté d'éluder la réponse mais lorsque Popovic lui avait indiqué être au courant de l'existence de cette enquête, Mihajlovic lui a dit qu'il ne s'agissait pas d'une enquête mais que Vukovic était en train d'écrire un livre sur la contrebande du tabac et qu'il avait demandé la permission du ministre ce que ce dernier lui avait donné et qu'il me saluait beaucoup et demandait quand on allait se voir !?
Peu de temps après, au début du mois de novembre, Popovic m'a appelé pour me dire que Dusan Mihajlovic avait demandé que je me rende à Belgrade de tout urgence pour le rencontrer, qu'il ne savait pas la raison de ce rendez-vous parce que Mihajlovic l'a appelé au téléphone mais que c'était une bonne occasion pour apprendre davantage sur la raison qui l'a poussé à démarrer cette action secrète à mon encontre et pourquoi il insistait tellement pour me rencontrer.
Serbie, Belgrade, siège des Libéraux de la Serbie, rue Proleterskih brigada 76
Le rendez-vous a eu lieu dans les locaux du siège de la Nouvelle Démocratie (Libéraux de la Serbie) à la rue Proleterskih brigada 76 où je me suis rendu avec Vladimir Popovic. J'ai été accompagné de plusieurs personnes et plusieurs policiers, qui étaient des membres de l'équipe de protection officielle de Vladimir Popovic qu'il avait à cette époque.
Nous sommes arrivés au rendez-vous à 21 :30 parce que Mihajlovic était occupé avec des affaires de son parti quelque part en Serbie et il ne pouvait pas arriver plus tôt. Nous avons été reçus par Ivan Djordjevic sur lequel j'ai appris qu'il était le secrétaire personnel de Mihajlovic au sein du parti et en même temps le chef du cabinet de Mihajlovic au Ministère de l'intérieur.
Pendant que nous attendions Mihajlovic, Djordjevic lui a parlé plusieurs fois au téléphone, lui a indiqué que nous étions arrivés et nous a transmis ses excuses pour le retard alors que de nombreux fonctionnaires du parti entraient dans le bureau et saluaient principalement Popovic.
Mihajlovic est arrivé vers 22 :15 et après de cordiales salutations avec Vladimir Popovic il m'a également salué, en me serrant fortement la main, et en me disant :
« Bienvenu compatriote »
Avec sa main sur mon épaule, il m'a cordialement fait entrer dans son bureau et m'a offert à boire avant de passer tout de suite aux affaires, expliquant que je n'avais pas de raison de craindre quoi que ce soit, que le « bon cheval laisse la poussière derrière », que j'étais un homme riche et honnête, capable et intelligent, que nous nous connaissions depuis longtemps même si nous n'avions pas réussi à nous rencontrer en personne, etc.
Je lui ai posé une question sur les problèmes que je rencontrais à la frontière pour l'entrée au pays tout comme sur l'enquête contre moi sans que personne ne m'entende une seule fois et je lui ai indiqué que cela me causait un tort considérable et que cela m'exposait ainsi que ma famille au danger que je le priais de me faire convoquer officiellement pour qu'ils procèdent à des interrogatoires, et à enquêtes, tout ce qu'ils voulaient juste pour arrêter cet espèce de persécution semi-privée qui durait depuis 1997.
Mihajlovic souriait mystérieusement et a répondu que la police savait que j'étais sans reproches mais que Kostunica et son entourage voulaient me dénigrer et me faire du chantage, et ce afin de régler leurs comptes tant avec Milo Djukanovic qu'avec feu Zoran Djindjic mais aussi parce qu'ils voulaient s'emparer d'une partie de mon capital. Il m'a dit qu'il n'allait pas permettre cela, qu'il allait prendre soin de moi et allait me protéger et que, tant qu'il était le ministre de l'intérieur, personne ne pourrait toucher à moi et que la chose la plus importante était qu'il obtienne le meilleur résultat possible aux élections prévues pour le mois de décembre et qu'il avait un accord avec de nombreux ambassadeurs de rester ministre de l'intérieur.
Il m'a dit que je ne devais pas me soucier de Vukovic et de l'enquête, il en riait bruyamment, commentantle fait que Vuk (Miodrag Vukovic) était en train d'écrire un livre et qu'il lui avait dit : « Tu t'en fous d'écrire, nous sommes la police, pas des écrivains », mais que l'autre insistait. Lors de cette occasion, Mihajlovic m'a également indiqué que je n'avais rien à craindre mais que je devais aider son parti en vue des élections, parce que sa campagne « Le mouton noir » aidait en réalité Ceda lors de la prochaine échéance électorale parce que le DS était l'objet d'une tentative de coup mené par l'homme de l'armée et du KOS, Boris Tadic, et que dès lors il était important qu'il entre au gouvernement avec les Libéraux et qu'il comptait sur moi pour un petit soutient à sa campagne à concurrence de 50 milles euros. J'ai accédé à sa demande et peu après le rendez-vous, j'ai versé de l'argent à l'agence qui s'occupait de sa campagne, précisément comme Mihajlovic me l'a demandé.
C'est ainsi que s'est passé notre premier entretien, qui a duré environ 2 heures, et lors du départ il m'a arrêté pour un moment, en laissant Vldimir Popovic sortir le premier, et m'a dit à voix basse que nous devions nous revoir et qu'il me dirait alors pourquoi j'avais le statuts de « personne suspecte » et que j'était suffisamment intelligent pour savoir ce que je devais faire. Toute de suite après les élections, par l'intermédiaire de Vladimir Popovic, il a de nouveau demandé que je me rende à Belgrade parce que c'était important pour moi.
La Serbie, Belgrade, le club d'affaires « Lutra », rue Majke Jevrosime 23
Je suis arrivé à Belgrade et me suis rendu avec Popovic au rendez-vous au siège de « Lutra » ou d'un club appartenant à « Lutra » à la rue Majke Jevrosime 23. C'était d'ailleurs la première fois que l'on ne m'arrête pas à la frontière et que l'on ne me demande rien.
Nous sommes arrivés au rendez-vous à 11 heures du matin et avons attendu Mihajlovic jusqu'à 13 :30 parce que, selon sa secrétaire, il était à la réunion du gouvernement et à d'autres rendez-vous qu'il ne pouvait pas repousser.
Lors de cette rencontre, Mihajlovic a été de nouveau très cordial, il m'a remercié pour l'aide financière que je lui ai offerte mais il a paru soucieux tout le temps, surtout en raison de mauvais résultats aux élections et par peur de l'arrivée de Kostunica et de ses « ombres » comme il appelait les collaborateurs de celui-là. Après quelques minutes de mines soucieuses, il m'a remis une grande enveloppe et m'a demandé de regarder ce qu'il y avait dedans. J'ai ouvert l'enveloppe et, parmi une cinquantaine de papiers, j'ai ouvert le premier qui était une espèce d'organigramme de la contrebande des cigarettes dans les années quatre-vingt-dix où, à la tête de la pyramide, à côté de Mirjana Markovic, Marko Milosevic, Mihalj Kertes, Jovica Stanisix et de nombreuses autres personnes il y avait également ma photo de mêmes que les photos de mes collaborateurs de la société « Mia-Ub ». En haut du document était écrit Ministère de l'intérieur de la Serbie, action policière « Le filet » et j'apparaissais sur cet organigramme comme un des principaux organisateurs de la contrebande des cigarettes.
En feuilletant les documents et autres diagrammes que le ministre Mihajlovic m'a donné, j'ai réalisé que toutes les rumeurs que j'entendais depuis des mois étaient vraies et que Vukovic conduisait une enquête commandée et qui avait pour but de me présenter comme le coupable et d'absoudre les vrais contrebandiers.
Comme il était indiqué sur le document que l'action était diligentée sur ordre du ministre de l'intérieur, je lui ai demandé une explication, ce à quoi il a répondu :
« C'est ce gars Vukotic, il m'a menti en disant qu'il était en train d'écrire un livre alors qu'en réalité il conduisait une enquête sans autorisation ; ne t'inquiète pas je jetterai tout, c'est fait d'une manière tendancieuse pour qu'ils puissent te racketter, il est probable que Vukotic ait fait cela d'entente avec des gens de Kostunica…
Hahaha, il voulait pas écrire le livre mais il a fait une enquête…Ne te fais pas de souci mon compatriote, il s'y trouve aussi Misko (Miroslav Miskovic), Pera (Petar Matic), Mira, Marko, Sloba…On s'en fout des écrits…Il est clair pour moi qu'il s'agit d'une pure construction, ne te fais pas de souci, ce Vukotic est un imbécile, je vais détruire tout ça, il voulait aussi te mettre dans le Livre blanc mais je ne le lui ai pas permis, haha…mais donne-moi ton numéro, je suis souvent à l'étranger et on peut se voir pour parler des choses sérieuses et non de ces stupidités et c'est aussi plus sûr à l'étranger qu'ici, maintenant qu'arrivent les criminels de Kostunica… »
Je souligne qu'il a dit tout cela en présence de Vladimir Popovic. J'ai donné mon numéro de téléphone à Mihajlovic puis suis sorti de l'immeuble de « Lutra ». Il m'était clair que Mihajlovic était derrière tout et qu'il manipulait l'ensemble des actions mais je ne savais pas encore la raison exacte, c'est-à-dire le prix !
Apres être sortis de Lutra, Vladimir Popovic m'a proposé d'aller jusqu'à son bureau qui se trouvait à proximité de « Lutra » et d'appeler le ministre de la justice Vladan Batic pour le mettre au courant des agissements du ministre de la police. Le ministre Vladan Batic est venu après un certain temps et nous nous sommes alors rencontré et vus pour la première fois. Vladimir Popovic lui a montré la documentation que le ministre Mihajlovic m'avait remise et lui a expliqué que nous étions convaincus que Mihajlovic faisait cela pour me faire du chantage et pour son intérêt personnel.
Le ministre Batic était choqué par la documentation dont il n'avait jamais entendu parlé et qui n'a jamais été discutée par le gouvernement, que ce soit aux réunions de la sécurité nationale ou dans le cadres des institutions judiciaires qu'il dirigeait.
Comme le ministre Batic était aussi politicien et président d'un parti politique il a vite compris que les documents et organigrammes devaient démontrer que les accusations de Vojislav Kostunica, qui soutenait les écrits d'Ivo Pukanic et le « Nacional » de Croatie, étaient véridique, que cela était le fondement de la campagne des parties de l'opposition et que la seule raison d'être de cette enquête était de discréditer davantage la politique et le parti politique de Zoran Djindjic.
Comprenant que les conséquence pour moi étaient potentiellement désastreuses, que le ministre de la police abusait de sa position et que je ne pouvais pas m'attendre d'avoir un appui en Serbie, je me suis adressé aux avocats en Suisse et en France à qui j'ai remis la documentation reçue de Mihajlovic tout en la remettant également aux fonctionnaires des services de renseignement de plusieurs Etats dont je connaissais les fonctionnaires.
La Suisse, Zurich, Grand Hotel Dolder
Rapidement après notre rencontre, à la fin de janvier 2004, Mihajlovic a appelé depuis son numéro +38163255500 mon portable numéro +41793550572 et a demandé que l'on se rencontre « sans la présence de Beba » (Vladimir Popovic), insistant que celui-ci ne devait même pas être au courant du rendez-vous.
J'ai accepté et nous avons convenu de nous rencontrer à Zurich au « Grand Hotel Doldler », Kurhausstrasse 65, où nous nous sommes rencontrés à l'heure du déjeuner pour ensuite rester ensemble 7 heures pleines !
A cette occasion, il m'a apporté un nouvel organigramme dans lequel je figurais également sauf que ce document contenait également de vrais contrebandiers des années '90 qui faisait cela d'entente avec l'Etat : MIrko Vucurovic, Pera Matic, Dusan Zabunovic, Miroslav Miskovic, Bojana Bajrusevic, Vanja Bokan, Marko Milosevic… A ma question de savoir ce que je faisais parmi ces gens, puisque je ne vendais pas de cigarettes en Serbie mais que j'étais le représentant et grossiste des producteurs officiels, Mihajlovic m'a informé que Vukotic avait travaillé sous les ordres de la Securité de l'Etat, de Kostunica et de ennemis (sans donner de détails sur eux) dans le but de s'emparer de mon argent. Mihajlovic a affirmé qu'il luttait contre cela et que je n'avais pas encore à me soucier parce qu'il maîtrisait le tout. Il m'a demandé de ne parler à personne de nos rencontres et surtout pas à Beba (V.P.) parce que ce dernier n'était pas politicien, ne savait pas garder les secrets et voulait se faire justice, ce qui ne pouvait que nuire à nous deux, et que je devais m'en tenir à lui (Mihajlovic) et que je ne devais pas me faire du souci.
Quand bien même notre discussion a duré 7 heures, j'ai réussi à comprendre relativement peu de ce que Mihajlovic me disait, parce qu'il parlait en langage codé, sans articuler, sautant d'un sujet à l'autre, gesticulant et souriant mystérieusement. Je n'ai réussi à comprendre qu'une chose, à savoir qu'il avait urgemment besoin d'argent, beaucoup d'argent, dont il entendait se servir pour continuer la lutte politique afin que « lui et ses gars » résiste à l'ennemi. Pour ma part, je retournais à chaque fois aux documents qu'il m'avait remis en lui expliquant qu'il s'agissait d'un cas identique à l'enquête de Vukovic de 1997 qu'il avait perdu malgré tout le soutient du pouvoir de l'époque et que, maintenant, son fonctionnaire faisait la même chose !
Il m'a dit tout connaître sur le rôle de Vukovic dans le précédent régime, que j'avais sauvé ma tête en fuyant le pays en 1997, que Vukovic, sur ordre du chef de la police criminelle Dragan Ilic et sur ordre direct de Vlajko Stojiljkovic, devait faire absoudre les contrebandiers réels et qu'il devait trouver un bouc émissaire, lequel se trouvait être moi, qu'il voulait compromettre Badza et son assassinat à travers moi, que Vukovic jouait un sale rôle dans tout cela, mais que je ne devais pas me faire du souci, qu'il allait tout arranger et que je devais simplement voir « comment les aider au plus vite ».
En lisant la documentation qu'il m'avait apportée, j'ai remarqué qu'un accent tout particulier avait été mis sur une saisie de cigarettes à Novi Sad, où j'ai été accusé en tant qu'organisateur, et je lui ai demandé d'être entendu parce que j'avais toutes les informations sur cela et lui ai dit qu'il s'agissait d'une actions de la police et des douanes que j'ai été simplement utilisé pour acheter la marchandise (les cigarettes) et que je n'avais rien à voir avec cela et que je voulais le communiquer au plus vite.
Il a rétorqué en m'indiquant que je n'avais pas à me faire du souci et que je n'avais pas besoin de faire des dépositions, qu'il allait s'occuper de tout et oublier mais que je devais voir pour aider « leur lutte » au plus vite.
J'ai insisté pour être entendu comme témoin dans cette enquête, je lui ai dit que je savais tout sur la contrebande des cigarettes dans les années quatre-vingt dix, que je savais qui la menait et de quelle manière, que j'avais même les documents sur cela, que la contrebande avait été organisé par l'Etat, soit pour lui la Sécurité de l'Etat par l'intermédiaire de Mirko Vucurevic, que l'argent a servi pour financer la guerre en Bosnie, les crimes de guerres et la fuite des criminels de guerre, que la sécurité publique a repris plus tard une partie de ces affaires, que la transaction de cigarette à Novi Sad avait été faite par Vanja Bokan pour le compte de l'Etat, que l'action de la police financière était le résultat de la lutte pour le marché noir des cigarettes entre la police secrète et la police ordinaire, que ce genre d'actions ne servaient qu'à détourner l'attention de la vérité, qu'il serait bientôt trop tard et que tous les criminels allaient s'en sortir.
Mihajlovic approuvait ce que je disais et il connaissait même davantage de détails sur certaines situations tout en rejetant la faute sur Vukovic et ses anciens contacts au JUL. Il m'a dit que Vukovic avait essayé de remettre le dossier au procureur mais que le procureur l'a rejeté parce que prescrit et qu'il a apporté tout cela en Suisse uniquement pour me montrer ce qu'il aurait pu arriver sans son intervention ! Il me demandait combien de dommage cela me causait et combien cela me coûtait tout en commentant que j'ai gagné beaucoup d'argent et qu'il convenait que je lui démontre de la gratitude. A cette occasion il a mentionné Peconi (Predrag Rankovic) pour dire : « Voilà, lui a donné sa part et maintenant c'est un homme d'affaires honorable ! Il est venu chez Karic, ils m'ont appelé, je suis venu, on a tout convenu et tout le monde est heureux !...Mais mon compatriote raconte-moi tout ce que tu as et possèdes pour qu'on fasse affaire et qu'on en finisse…Dis-mois combien d'argent et quelles affaires tu as…C'est quoi beaucoup d'argent pour toi… »
Il est alors devenu évident qu'il était arrivé uniquement dans le but de me racketter, toutefois, comme il était toujours le ministre de l'intérieur, je devais être sur mes gardes pour déterminer exactement ce qu'il voulait. Je lui ai alors demandé de me dire concrètement combien d'argent il voulait et ce qu'il offrait en retour.
Il a alors commencé à bégayer que le parti coutait cher, que la vie était chère, qu'ils étaient nombreux (sans vouloir me dire à qui il se référait), que toute cette affaire coûtait beaucoup, qu'il allait rétablir mon image et que je pourrai travailler normalement dorénavant, que je devais lui dire combien d'argent j'avais et qu'il allait alors décider combien je devais donner !
Afin de gagner du temps, je luis ai dit que je ne pouvais pas lui donner de l'argent en liquide mais uniquement en finançant les projets, et ce à travers des banques et sociétés. Il m'a lors dit qu'« ils » étaient très nerveux et impatients, que tout devait se terminer au plus vite et qu'il allait me recontacter sous peu.
Tout de suite après mon retour à Genève, j'ai pris contact avec mes avocats à Genève et à Paris pour les mettre au courant de ce qui se passait et ils m'ont conseillé de continuer la communication afin de réunir les preuves sur le racket de la part du ministre de l'intérieur de la Serbie et ils ont également proposé que je prenne contacte avec le procureur à Genève, ce que j'ai également fait et une partie de la plainte pénale qui est diligentée par le procureur en charge en Suisse est dirigé justement contre Dusan Mihajlovic, et ce pour de l'extorsion, du chantage et du racket.
France, Paris, Etude d'avocats Véronique Lartigue
Lorsque Mihajlovic m'a appelé de nouveau pour convenir d'un nouveau rendez-vous, à la suggestion de mes avocats, je lui ai donné rendez-vous à Paris, au cabinet de mon avocat, afin de réunir les preuves sur ses agissements criminels.
Nous nous sommes vu au début du mois de février 2004 à Paris dans les bureaux de l'avocat Véronique Lartigue à l'adresse : 4, rue Dumont d'Urville. Il s'est présenté au rendez-vous avec un sac de pilote d'où il a sorti du vin pour moi pour ensuite mettre le sac vide sur le bureau, tout en souriant et montrant d'un signe de la tête que je devais le remplir.
Il m'a tout de suite dit que les gens l'attendaient au pays et qu'ils étaient très nerveux et impatients. A ma question de savoir ce qu'il se passait avec « Le filet » et ce qu'il attendait concrètement de moi, il a commencé par indiquer que la situation était très compliquée, qu'il allait bientôt quitté la fonction de ministre de la police, que Vukovic avait tout donné aux inspecteurs Branko Glusica et Bogdan Pusic, avec qui il a travaillé sur cette action, que ces deux inspecteurs étaient maintenant en charge de l'affaire et que, si on ne réagissait pas vite, tout serait communiqué à Kostunica et au nouveau ministre et qu'il serait alors trop tard pour faire quoi que ce soit.
Il m'a dit que Glusica et Pusic étaient ses alliés, qu'il avait employé Glusica à la demande d'un partenaire d'affaires de Slovénie et qu'il pourrait tout arranger par son intermédiaire, qu'il contrôlait aussi Pusic et que nous devions agir rapidement, tout en me mettant le sac sous le nez et en montrant que son contenu était vide. Je lui ai expliqué de nouveau que je ne disposais pas de liquidités, que je ne peux qu'investir dans les projets en utilisant des banques mais qu'il devait me dire de quels projets il s'agissait.
Il m'a alors demandé nerveusement de lui donner au moins un million d'euros et ce tout de suite parce que ses partenaires l'attendaient à Belgrade et qu'ils étaient très nerveux et que je devais dès lors me débrouiller tant bien que mal pour lui donner de l'argent. Je lui ai répondu que je ne pouvais avoir que 100 ou 200 milles et que j'avais besoin de temps, même pour cette somme-là.
Mihajlovic a alors commencé à être déplaisant et à me menacer implicitement, il a sorti une feuille de sa poche et m'a demandé ce qui se passait avec mes comptes à Chypre en affirmant avoir vu les extraits bancaires et me demandant où était l'argent.
Je lui ai expliqué qu'il devait savoir que j'avais une société à Chypre, laquelle réalisait un important chiffre d'affaires sur la base des contrats commerciaux avec les fabriquant de cigarettes, que cet argent ne m'appartenait pas mais qu'il s'agissait du chiffre d'affaires, que le profit de ma société s'élevait à 6% ou 7% de cette somme, que tant lui que Dinkic étaient allés à Chypre pour prétendument chercher de l'argent de Slobodan Milosevic et qu'ils avaient informé le public que ce compte abritait l'argent volé à la Serbie uniquement parce qu'une des personnes ayant procuration sur ce compte était mon neveu, dont le nom était par hasard Milosevic.
Tournant la tête, Mihajlovic a commencé à parler de Dinkic :
« Oui, c'est cette merde de Dinkic…Il m'a eu moi aussi à propos de Chypre. J'ai réalisé trop tard qu'il avait utilisé le nom de ton neveu pour détourner l'enquête des véritables comptes ce qui lui a permis de faire le deal avec les titulaires de vrais comptes. C'est une peste. Zoran l'a également compris mais trop tard et c'est pour ça qu'il voulait le virer. C'est un voleur, il a tout manigancé avec Wolf Minic et Kostunica…Mais laisse tomber ça maintenant, c'est du passé. Cela étant, qu'est-ce qu'on fait avec de l'argent ? Tu veux me donner de l'argent ou il y aura de problèmes… ? »
Je lui ai expliqué craintivement que je n'avais pas de liquidités, que je voulais aider et « les » financer mais uniquement à travers des projets et des banques.
Apparemment mécontent, il a fermé le sac de pilote en murmurant que c'était très mauvais mais qu'il allait voir ce qu'il pouvait faire avec certains projets pour ensuite quitter les lieux.
Je souligne que quand bien même nous étions seuls dans le bureau, mes avocats suivaient la réunion à travers la vidéo et ont tout de suite dressé le procès-verbal à l'issue de la réunion pour ensuite le remettre aux autorités compétentes en France.
Aussi bien lors de nos rencontres que par téléphone ou par messages, il me mettait toujours en garde sur le fait que Vladimir Popovic ne devait être au courant de rien parce que sinon tout allait être perdu, ce que je faisais sans en parler à qui que ce soit à l'exception de mes avocats et des fonctionnaires des services de sécurités de plusieurs Etats européen.
Espagne, Marbella, Arrivée avec Slobodan Radulovic
Après plusieurs semaines, Mihajlovic m'a appelé du même numéro pour me demander où je me trouvais et que l'on se voie urgemment ; je lui ai indiqué que j'étais à Marbella pour un mois ; il m'a demandé l'adresse parce qu'il devait me voir urgemment avec un ami pour parler d'un projet et, d'après lui, tout était urgent.
Il est venu à Marbella deux jours plus tard avec Slobodan Radulovic, directeur de la société « C-market ».
Mihajlovic a demandé de me voir en tête-à-tête pour me m'indiquer que je devais investir 20 millions d'euros dans le « C-market » et que c'était urgent que je le fasse parce que Kostunica essayait de s'emparer de cette société par l'intermédiaire de Miskovic et Beko, qu'il avait de bons rapports avec les deux mais que le « C-market » devait « leur » revenir et qu'« ils » allaient tous se financer par le biais du « C-market ». Tout en riant, il m'a dit que j'avais fait « une bonne affaire » parce que cet argent n'était rien pour moi et qu'en plus je faisais une bonne œuvre.
Radulovic m'a confirmé qu'ils avaient besoin de 15 à 20 millions d'euros pour acheter la majorité d'actions et qu'ils devaient agir vite, pour empêcher Miskovic de s'emparer du « C-market ».
A ma question de savoir sous quelle forme ils avaient besoin de cet argent, que ce soit sous forme d'investissement de partenaire stratégique ou un prêt financier, les deux se sont regardés avec étonnement puis m'ont regardé avant que Mihajlovic ne demande de me voir seul.
C'est alors qu'il a commencé à employer un tout autre ton avec moi :
« Est-ce que tu es fou ? N'as-tu toujours pas compris que tu dois donner de l'argent ou que tu es baisé ? La situation se complique au pays, tout le monde est sur les nerfs à cause de toi, si tu continues de jouer avec nous, tu es cuit ! »
Sur les conseils de mes avocats, j'ai continué le « jeu » et leur ai dit que je voulais participer au financement du projet mais qu'il me fallait plus de temps et qu'avant tout je devais recevoir le projet et connaître tout sur la privatisation et que je devais appeler les collaborateurs de ma société qui gérerait le projet.
Mon intention c'était d'acheter le temps. Radulovic était satisfait à moitié alors que Dusan Mihajlovic était très insatisfait. Il s'attendait à ce que je verse le jour même 20 millions sur le compte de Radulovic.
Sur recommandation de mes avocats qui m'ont conseillé de faire traîner les choses et d'inclure encore une personne dans la transaction, pour avoir un témoin, j'ai contacté mon ami Zoran Becirovic, un homme d'affaire de Moscou, à qui j'ai expliqué ce qui se passait avec moi à cause du ministre de l'intérieur.
Il m'a offert son aide et nous nous sommes mis d'accord qu'il assiste à la prochaine réunion.
France, Bourgogne, Lettre d'intention relative au « C-market »
Notre rendez-vous suivant a eu lieu en France, dans mon domaine vinicole Louis Max, 6 rue de Chaux Nuit Saint-Georges où Mihajlovic est arrivé avec Slobodan Radulovic.
Avant le début du rendez-vous, il m'a glissé à l'oreille que la situation avec « Le filet » était difficile mais qu'il « tenait » toujours les inspecteurs Glusica et Pusic et que si nous « clôturions » cette transaction tout irait bien.
Mihajlovic a apporté un document qui était une lettre d'intention ainsi que le numéro de compte sur lequel je devais verser 20 million d'euros. C'est alors que Becirovic est intervenu pour expliquer qu'il n'était pas possible de faire le transfert si facilement sans procéder à l'audit de la société et l'analyse financière, que nous étions intéressé pour financer l'opération mais que certaines conditions devaient être remplies, que les banques n'allaient pas autoriser de tels transferts sans documentation adéquate, etc. Nous avons alors convenus de former une équipe qu'on enverrait à Belgrade pour clôturer l'affaire avec Radulovic !
Zoran Becirovic a rapidement formé une équipe de gens et les a envoyé à Belgrade. Après plusieurs semaines de travail de cette équipe, on en est revenu à dire que mon rôle était uniquement de donner de l'argent, sans recevoir en contrepartie ni un partenariat stratégique ni une preuve du prêt ; comme si j'avais une obligation envers Mihajlovic, tout en m'assurant le jour où « ils » reviennent au pouvoir de nouveau et « auront vaincu les ennemis » mois aussi je me verrai « récompensé ».
Le monastère Soko Grad, « Vujic-Valjevo », Povlen : mai 2004
Mihajlovic m'envoyait des messages sans arrêts, parfois aimables, d'autres fois fâchés, voire menaçants, pour ensuite m'appeler au début du mois de mai tout nerveux et fâché pour me demander que l'on se rencontre d'urgence; je lui ai indiqué que j'étais invité par l'Evêque Lavrenitje le 8 mai 2004 à la fête du monastère Soko Grad et que nous pouvions nous rencontrer à cette occasion.
Lors du déjeuner officiel, organisé pour me remercier et me remettre la médaille que l'Evêque Lavrentije m'a décernée, Dusan Mihajlovic était assis à côté de moi alors qu'Ivica Dacic, l'actuel ministre de l'intérieur était assis en face de nous. Etaient également présent de nombreux officiels, une cinquantaine en tout. Au surplus, plusieurs centaines de personnes étaient dans le monastère. Après le déjeuner, je me suis rendu au bureau de l'Evêque pour recevoir la médaille et j'ai profité de l'occasion pour me plaindre à l'Evêque à cause des problèmes que j'avais et qui avaient été causés par Mihajlovic.
Mihajlovic est également venu au bureau et j'ai raconté mes problèmes devant lui, espérant que cela le raisonnerait. L'Evêque m'a promis de m'aider dans la mesure du possible. Dusan m'a dit qu'il y avait des développements positifs avec l'enquête et a proposé de nous rendre à Valjevo à l'hôtel de son ami Vujic puis à Povlen pour me montrer quelque chose. A sa demande, je suis venu avec lui dans sa jeep alors que les gens de ma sécurité nous suivaient dans mes voitures.
A Valjevo, nous avons rencontré le propriétaire de l'hôtel Vujic et certaines autres personnes avec qui nous avons brièvement discuté avant de nous rendre à Povlen. MIhajlovic m'a alors donné un nouvel organigramme où j'occupais une position hiérarchique bien moins importante qu'auparavant et m'a dit que c'était la seule manière de terminer cette affaire parce que tout était maintenant entre les mains du nouveau ministre Dragan Jocic mais qu'il continuait de tout contrôler, en particulier Glusica et Pusic, et que dans quelques semaines il allait « complètement m'effacer de l'organigramme ». Il avait apparemment changé de tactique et essayait une nouvelle approche pour m'extorquer de l'argent.
Nous sommes arrivés à Povlen et il a tout un coup commencé à parlé de la Serbie et de l'importance de certaines personnes. Tout mystérieux, il a commencé à médire sur Zoran Djindjic et Vladimir Popovic, les traitant de traîtres, disant que les collines autour de nous étaient pleines de secrets mais qu'il les connaissait tous, etc.
Il s'est alors tourné vers moi et m'a dit :
« Mon compatriote, tu apprendras peut-être un de ces secrets un jour. Mais tu dois délier ta bourse d'abord ! Dis-moi combien tu peux allonger et qu'on en finisse ! Est-ce que 50 te paraît trop ? » (probablement parlant en millions).
J'ai commencé à lui expliquer que j'étais intéressé à financer la transaction « C-market » mais que j'attendais toujours des informations de Belgrade et que je ne pouvais rien faire sans cela. Il a alors commencé à gesticuler avec l'organigramme de l'action « Le filet » en me disant que je pouvais tout perdre ou qu'il pouvait tout effacer. Il s'est de nouveau adressé à moi, d'un ton fâché :
« Mon compatriote, tu vas te faire baiser, ne sois pas stupide ! Tout le monde a déjà payé sa part, il ne reste que toi, alors tu ne penses quand même pas que tu peux t'en sortir ! ».
Tout en me riant au nez, il m'a montré que Miskovic avait disparu de l'organigramme tout en commentant que je ne devrais pas laisser Miskovic paraître plus intelligent que moi. Il s'est alors tu mystérieusement pour ensuite me dire que si je ne lui versais pas de l'argent ce jour-là il ne serait plus en mesure d'arrêter ma chute. Je lui ai répété que je n'étais pas coupable et que je n'avais dès lors pas de raison de me faire du souci parce que je n'avais pas enfreint la loi, ce à quoi il m'a répondu :
« On s'en fout de la loi, mon compatriote, quelle loi, si tu paies pas, tu sera baisé ! »
Mihajlovic m'a ramené en voiture à l'hôtel « Grand » à Valjevo, chez son ami Vujic, pour ensuite me donner le numéro de compte de l'hôtel « Grand » et m'indiquer que je pouvais également faire le versement sur ce compte-là au titre d'« agrandissement des capacités ». Il a continué à me demander de l'argent tout en sous-entendant que je pouvais être arrêté à la frontière.
Un peu plus tôt, je lui ai dit que, dans la voiture avec mes gens, il y avait 200 milles euros que j'ai pris pour payer des travaux sur l'église à Ub et il a insisté que je lui remette cet argent comme « premier secours » parce que la situation était « très, très sérieuse ». Craignant qu'il ne m'arrive effectivement quelque chose et que l'on ne m'arrête à la frontière, j'ai accepté sa demande et lui ai remis 200'000 euros en liquide. Il a pris cet argent en indiquant qu'il s'agissait des « miettes » destinées aux inspecteurs pour les calmer un peu tout en soulignant que si je ne lui donnais pas l'argent qu'il attendait de moi, rien ne pourrais me sauver.
Je suis alors rentré en Suisse, ai informé mes avocats et ai décidé de cesser tout contact avec lui. J'ai également fait retirer Zoran Becirovic du projet « C-market ».
Probablement content avec l'argent reçu et convaincu qu'il recevrait davantage, Mihajlovic m'envoyait des messages plutôt amicaux et polis. Il a également essayé de me joindre au téléphone mais je ne lui réponds pas. Toutefois, il n'a cessé de m'envoyer des messages :
Je cite quelques unes de dizaines de messages reçus à cette époque :
From +381642574673 at June 02, 2004 08 :07, 14 :
Quand est-ce qu'on parle ?
From +38163255500 at June 28, 2004 11 :08, 52 :
J'attends qu'on se parle.
From +38163255500 at July 7, 2004 11 :41, 44 :
Qu'est-ce qui se passe avec mon ami ?
Pourquoi il a disparu ?
J'ai toutefois décidé de couper toute communication avec Mihajlovic.
Après la réunion avec mes avocats, nous sommes arrivés à la conclusion que nous avions suffisamment d'éléments pour déposer une plainte pénale mais qu'il serait le plus judicieux de la déposer en Serbie, tant parce que Mihajlovic y avait son domicilié que parce qu'il avait commis l'infraction de chantage en abusant de sa position de ministre serbe de la police, ce qui était une infraction punissable d'office. Nous avons même entrepris de rédiger la plainte pénale et j'ai convenu avec les avocats serbes de la déposer au Parquet. La raison pour laquelle cette plainte n'avait finalement pas été déposée était parce que des employés de ma société m'avaient appelé pour m'informer qu'un certain procureur Pavlovic, d'entente avec le duo Branko Glusica et Bogdan Pusic, avait préparé l'acte d'accusation à l'encontre de moi-même et de ma société, qu'il était juste une question de jour avant le dépôt de cet acte, que tout avait été coordonné avec Kostunica et qu'il serait quand même préférable que je passe un accord avec Mihajlovic et que j'évite ainsi d'inutiles désagréments.
Il est à noter que je recevais le message de « passer un accord avec Mihajlovic » depuis la fin de 2003 (alors qu'il était toujours ministre) jusqu'au début de 2005 (soit une année après la fin de sa fonction). Les noms des gens qui m'envoyait ces messages et conseillé « amicalement » de passer un accord avec Mihajlovic, tout comme de nombreux message à ce sujet, sont en ma possession et en la possession de mes avocats et nous nous tenons prêts de les remettre au Parquet après l'ouverture de l'enquête portant sur la commission de cette grave infraction.
La seconde raison pour renoncer à déposé la plainte pénale à l'encontre de Mihajlovic à Belgrade était parce que Vojislav Kostunica et son équipe étaient au pouvoir depuis quelques mois déjà. Certains d'entre eux, accusé d'implication dans l'assassinat de Zoran Djindjic, avaient été nommés à des plus hautes fonctions de l'Etat et dirigeaient ainsi la police, police secrète, armée, appareil judiciaire, parquet…pour cette raison il m'a paru totalement dépourvu de tout sens que je dépose ma plainte pénale entre les mains des gens qui m'ont persécuté pendant des années et ce contre quelqu'un qui était de leur bord.
J'ai dès lors renoncé à déposer la plainte en Serbie et j'ai commencé à chercher le moyen pour déposer la plainte pénale dans un des pays où Mihajlovic avait également commis des infractions.
En août 2004, je suis arrivé avec ma famille à Ub pour rendre visite à mes parents et la famille. Bien entendu, j'ai été arrêté à l'aéroport pendant qu'ils téléphonaient à quelqu'un puis ils m'ont mis de côté avant de me remettre le passeport et de me laisser entrer au pays sans un mot d'explications pourquoi j'ai été retenu.
Il ne s'est passé que quelques jours et j'ai déjà reçu le message de Dusan Mihajlovic :
From +38163255500 at August 11, 2004 21 :18, 19 :
Est-ce possible
que l'ami n'appelle pas ?
Est-ce que c'est à cause de la promesse ou
des rumeurs que j'ai entendues ?
J'espère que tu es différent de ce que j'ai vu
Mais c'est toi qui décides
Quand bien même je n'ai pas réagi à ce message, un ou deux jours après, Dusan Mihajlovic m'a appelé sur le téléphone fixe à la maison d'Ub (dont même moi je ne connaissais pas le numéro) pour me prier de venir à l'église d'Ub où il m'attendait parce que c'était extrêmement urgent !
Lors que je suis entré dans l'église, Mihajlovic était en train de discuter avec les prêtres mais il a tout de suite demandé que nous nous mettions à côté pour discuter en tête-à-tête.
Il a tout de suite commencé à gesticuler avec les mains en me disant :
« Pourquoi as-tu mis Beba au courant de nos rendez-vous et accords ?! Est-ce que tu es fou ? Tu veux finir en prison ?! Nous sommes tous très fâchés ! On a commencé à raconter que je te fais du chantage avec l'enquête ! Batic m'a appelé pour me dire d'arrêter de te faire du chantage !! Eh, tu sais ce que tu as fait ?! Beba a dit à tout le monde, il a informé les journalistes, juges, police, politiciens…Maintenant t'es fini… »
Je lui ai dit que des milliers de personnes nous ont vu à Soko Grad, tout comme à Valjevo, que tout le monde savait que l'on essayait de monter un faux acte d'accusation contre moi sur la base de la fausse enquête qu'il avait ordonnée, que tout le monde le savait et qu'il était logique que les gens se faisaient leurs propres opinions.
Il a commencé à hurler, affirmant qu'ils ne pouvaient pas conclure cela :
« Comment Beba a appris pour le « C-Market » et Paris ? D'où est-ce que Batic sais pour les 20 millions ? Pourquoi mes amis me demandent s'il est vrai que je te rackète ? »
Je lui ai alors répondu : « Alors dis-moi Dusan, c'est quoi ça si ce n'est du racket ? Tu as ordonné une enquête secrète contre moi, tu as demandé qu'ils y mettent le plus de mensonges possible puis tu m'as montré l'enquête en me disant que tu pouvais la faire disparaître si je paie ! Tu as déjà pris 250 milles euros, tu me donnes des numéros de comptes en me demandant d'y verser 15, 20 ou 50 millions !? Qu'est-ce que c'est cela si ce n'est pas du racket ? »
« Eh, mon compatriote, tu n'as rien compris. Je ne te racketais pas, je voulais juste t'aider et te sauver des adversaires et je t'ai alors proposé que tu nous aides en retour, pour que nous puissions vaincre l'adversaire ensemble. Pour ce que tu as donné jusqu'à maintenant, c'était des miettes et tu n'as pas de preuve, sauf pour les 50 milles que tu as donnés pour la campagne. Et cela n'est pas illégal et tu l'as donné de ton plein gré, il y aura dix témoins pour confirmer que tu m'as prié pour donner de l'argent ; pour tout le reste, nous t'avons donné la possibilité d'investir…C'est stupide qu'on se fâche entre compatriote, c'est ce que nos adversaires veulent…J'essaierai d'empêcher que l'enquête ne soit envoyée au Parquet mais tu dois être plus intelligent que maintenant…Pense à soi… » etc.
Il était exact que j'ai commencé à cette époque de raconter à tout le monde que Dusan Mihajlovic me faisait du racket, que cela risquer d'accoucher d'un acte d'accusation faux et que j'essayais d'en informer le plus de gens possible. C'est ainsi que je l'ai dit à Vladimir Popovic (Beba), à Vladimir Batic, à de nombreux journalistes et partenaires de Belgrade mais aussi au chef du Département pour la lutte contre le crime organisé (UBOPOK) Mladen Spasic.
Le rendez-vous avec Spasic m'a été organisé par un partenaire de Belgrade, Cicmil Milos. Lors de cet entretien, j'ai raconté tout ce qui se passait avec Mihajlovic, au sujet des chantages, extorsions et la préparation de l'acte d'accusation parce que je ne voulais pas donner 20 ou 50 millions…Mladen Spasic m'a dit qu'il, ainsi que presque tout le monde à la police, savait que Dusan Mihajlovic avait ordonné l'action « Le filet » pour faire du chantage. Qu'il savait que Mihajlovic avait pris de l'argent d'un certain nombre de gens, qu'il avait fait venir Glusica et Pusic au ministère de l'intérieur, qu'ils avaient pratiquement continué l'enquête privée mais qu'il n'y pouvait rien parce que le nouveau ministre de la police regarder cela d'un œil bienveillant. Il m'a dit qu'il était sincèrement désolé, qu'il comprenait tout, mais que c'était au-dessus de ses moyens.
Pendant ce temps, Mihajlovic n'arrêtait pas de m'envoyer des messages en attendant que j'accepte de le rencontrer mais j'ai quitté Belgrade pour la Suisse après le rendez-vous avec Spasic et j'ai envoyé à Mihajlovic un message lui indiquant que nous allions nous voir demain.
J'ai de nouveau arrêté de répondre à ses messages. Il m'a alors envoyé le message suivant le 1er septembre :
From +381631111860 at September 1, 2004 10 :50, 39 :
J'ai presque tout appris
c'est confus il faut faire le puzzle
parce que ça peut être
très simple
Ce serait bien qu'on se
voit et qu'on se ressaisisse
et coordonne l'action
mais j'ai des problèmes
par-dessus la tête et de partout
salutations
Quelques jours plus tard, il m'a appelé depuis un téléphone sans identification pour me prier que l'on se rencontre, affirmant avoir une solution favorable à tout le monde, avant tout pour mon et son problème. J'ai accepté mais je lui ai demandé de vérifier tout en détail avant que l'on ne se voit parce que ce qui m'intéressait c'était uniquement la solution finale.
Il m'a envoyé le message suivant quelques jours plus tard :
From +381631111860 at September 9, 2004 18 :35, 22 :
C'est compliqué parce que
trop de joueur
ils vont rien faire
sans accord.
Beaucoup de travail au
pire moment
On se voit quand ?
D'entente avec mes avocats et agents de renseignement, je l'ai invité en Susise et nous nous sommes retrouvés de nouveau à l'hôtel « Dolder » à Zurich.
L'entretien a commencé avec l'explication à propos de comment l'action avait été déclenchée :
« C'est vrai mon compatriote, je suis coupable, c'est moi qui ai fait venir Glusica au ministère de l'intérieur à la demande d'un partenaire d'affaires de Slovénie…J'ai dit à Vuk (Miodrag Vukovic) de travailler avec lui et Pusic. Glusica est devenu très proche de Bogdan Pusic et celui-ci était proche du procureur Pavlovic de Novi Sad et ils cherchent maintenant à se rendre fameux…Jocic s'en est mêlé et maintenant tout est plus compliqué à faire…Vukovic écrit le livre après tout…Tu as eu tort mon compatriote parce que tu as laissé les choses pourrir jusqu'ici, tu aurais dû réagir plus tôt… »
Il a continué en me demandant si j'avais passé un accord avec le DSS, sur l'état de mes relations avec Kostunica, Jocic, Tadic, Kasa, Covic, Mirko Petrovic...Il a affirmé qu'aucun deal avec le DSS ne m'aiderait pas parce que lui contrôlait toujours tout…
Comme j'étais venu au rendez-vous avec le microphone, je l'ai provoqué en lui demandant s'il serait quand même possible d'arranger les choses et combien cela me coûterait…
« Hmm…Alors…Peut-être…C'est la dernière chance…tout pourrait s'arranger même maintenant…mais…eeee…ceci est la dernière chance…Trente…et qu'on en finisse »
A ma question : Trente millions ?
Il a répondu :
« Aaa…oui, mais pour tout arrêter… »
Il a répété que je pouvais verser de l'argent sur les comptes de Slobodan Radulovic ou Vujic de Valjevo ou sur un autre compte si je le voulais mais que tout devait se faire très vite ; j'ai répondu qu'il me fallait 2 jours pour réfléchir et que je lui donnerais la réponse par la suite.
C'était la dernière fois que je l'ai vu.
Avec les preuves réunies contre lui, j'ai décidé de déposer une plainte pénale à son encontre par-devant le Parquet en Suisse et d'informer les institutions de sécurité de plusieurs pays européens. Tout de suite après, j'ai informé mes connaissances à propos de tout ce que Mihajlovic avait fait et, à travers certaines personnes proches du gouvernement en place à Belgrade, j'en ai également informé presque tout le monde du gouvernement serbe.
Comme, à cette époque, je faisais des affaires avec Dragi Micovic (tout a été décrit en détail dans ma correspondance précédente relative au « Vecernje novosti »), par son intermédiaire j'ai informé presque tous les fonctionnaires de l'Etat à propos du racket de la part de Dusan Mihajlovic, et ce jusqu'au directeur de la BIA Rade Bulatovic et le ministre de la police Dragan Jocic ainsi que les autres.
J'ai reçu des assurances que la police et le parquet allaient vérifier mes allégations et que je serais appelé à déposer mais il n'en était rien ; au lieu de cela, une enquête privée, commandée par Dusan Mihajlovic dans le dessein de faire du chantage, s'est transformé en un acte d'accusation monté de toutes pièces qui a été signé par votre prédécesseur, lequel acte d'accusation a ensuite donné lieu à une mascarade de procédure judiciaire qui est toujours pendante alors que votre parquet continue de défendre ledit acte d'accusation.
Cette déclaration est en lien direct avec la déclaration que je vous ai remise le 25 mai de cette année parce que c'est sur la base de l'enquête résultant de l'action « Le filet » et les activités répréhensibles de Dusan Mihajlovic, que ses proches collaborateurs, également ministres sous Slobodan Milosevic, à savoir Milan Beko et Miroslav Miskovic, ont continué le chantage et l'extorsion.
En utilisant d'autres méthodes, par le biais des activités commerciales, ils ont réussi à s'emparer de plusieurs dizaines de millions m'appartenant, en utilisant l'enquête mensongère faite par leur ami, également membre du groupe criminel organisé, comme un moyen de chantage, comme je vous l'ai expliqué dans mon envoi précédent.
Que tout a été fait uniquement dans le but de me faire subir un tort matériel illustre le fait que de tous les groupes initialement indiqués dans l'action « Le filet », 6 seulement ont été communiqué au parquet alors que seulement 3 groupes auraient fait l'objet d'une enquête pour que pour finir tout soit réduit à une seule procédure judiciaire à mon encontre au cours de laquelle, en utilisant les moyens illégaux et la force, on essaie de prouver l'improuvable.
Avec la pression policière sur les témoins, production de la documentation falsifiée dans la procédure, condamnation rendue par les médias avant même la présentation de l'acte d'accusation, les pressions politiques de la part des plus hauts fonctionnaires de l'Etat, l'action privée de Dusan Mihajlovic s'est transformée en une charade et moyen pour faire davantage pression sur moi dans un but de la politique quotidienne.
A la question des journalistes de savoir si tous les 8 groupes et plus de 200 personnes visés par l'action seront traduits en justice, votre prédécesseur Slobodan Radovanovic a répondu :
« Toutes les personnes impliquées dans le commerce illégal du tabac sur le marché serbe seront compris dans l'actions et l'enquête. Ne me forcez pas à vous citer des noms individuels mais je vous le répète : nous allons nous retourner contre toutes les personnes »
Plus de trois ans sont passés depuis cette déclaration et vous, aussi bien que le public, savez bien que rien de tout cela ne s'est réalisé et que les contrebandiers principaux et véritables s'en sont sortis, qu'ils sont aujourd'hui des hommes d'affaires honorables et sponsors des partis politiques et que la seule procédure en cours en relation avec cette action est la procédure contre moi et mes collaborateurs par-devant le tribunal pour le crime organisé pour l'infraction « abus de position dans une société privée ».
Sans avoir l'intention de polémiquer avec vous à propos de l'acte d'accusations et la manière dont il a été rédigé, je considère qu'il est impossible de ne pas prendre en compte les faits qui se trouvent dans le présent document et qui ont mené à la commission des infractions lesquelles sont ensuite devenues des éléments inhérents de l'acte d'accusation que le parquet que vous dirigez défend toujours.
Ceci d'autant plus que vous avez-vous-même déclaré à plusieurs reprises que personne ne sera à l'abri de la commission des infractions, quelque soit sa fonction et que, dans la lutte contre le crime organisé, le plus important c'est de démasquer et sanctionner les fonctionnaires qui ont utilisé leur fonctions pour permettre et protéger le crime.
Vous avez devant vous un cas d'école de cet abus de pouvoir, un des actes les plus dangereux dans le monde du crime organisé : le racket, le chantage et l'extorsion rendus possible justement en utilisant le pouvoir exécutif.
Comme ce document sera rendu public, je n'ai cité ni les noms de toutes les institutions auxquelles je me suis adressé pour dénoncer les actes pénaux commis par Dusan Mihajlovic ni les noms de tous les témoins potentiels et leurs adresses mais je suis bien entendu disposé à les communiquer aux représentants du parquet à l'occasion du contact direct, ainsi que toute la documentation idoine.
Je souligne que je possède presque toute la correspondance par SMS échangée avec Dusan Mihajlovic, les dates et heures de tous les appels téléphoniques, discussions enregistrées (certaines en audio et vidéo), les procès-verbaux dressés par les avocats avec les signatures et déclarations des témoins, de nombreux factures d'hôtel et autres qui confirme mes écrits dans le présent document.
Je suis disposé à remettre tout cela aux représentants du parquet, à condition que vous soyez prêt à ouvrir une enquête sur la base de ce qui précède, ce qui, je le répète, devrais être le cas compte tenu du fait que les infractions commises sont poursuivies d'office.
Stanko Subotic
Genève, le 9 août 2010
* Remarque : une partie des citations de Dusan Mihajlovic a été paraphrasée selon mémoire alors qu’une autre partie a été copiée des transcriptions des entretiens enregistrés lors de nos rencontres.
